Ma démarche ICM
Je pratique l’ICM comme une manière de déplacer le regard, plutôt que comme un simple effet photographique. Le mouvement intentionnel de l’appareil me permet de m’éloigner d’une représentation descriptive du réel pour faire apparaître une sensation, une tension ou un rythme.
Mon geste demeure intuitif, mais il n’est jamais entièrement laissé au hasard. La direction du mouvement, sa durée, sa vitesse et le moment du déclenchement sont choisis en fonction de la scène. Je cherche un équilibre entre contrôle et imprévu. L’image se construit dans cet intervalle fragile où la forme commence à se dissoudre sans disparaître complètement.
La ville constitue pour moi un terrain particulièrement riche. Les façades deviennent des lignes, les passants des présences incertaines, et les rues semblent s’ouvrir ou se refermer selon le mouvement. Le bruit urbain demeure présent, mais il se transforme. À travers l’ICM, je tente d’en dégager une forme de silence intérieur.
Je m’intéresse aux silhouettes isolées, aux espaces de passage et aux moments où le temps paraît suspendu. Le flou ne sert pas à masquer le réel. Il permet plutôt d’en révéler une autre dimension : moins précise, mais parfois plus proche de l’expérience ressentie.
Chaque photographie devient ainsi la trace d’un déplacement, autant physique que mental. Elle témoigne d’un instant observé, puis transformé par le geste. Ce qui reste n’est pas une description exacte du lieu, mais une mémoire visuelle faite de lumière, de mouvement et d’effacement.
Ma démarche ICM se situe dans cette tension constante entre chaos et maîtrise. Je cherche à préserver l’incertitude de l’image tout en lui donnant une structure. C’est dans cet espace que je trouve ma liberté photographique.